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Billet d'humeur (Mars 2008)

                            RAS-LE-BOL !!!!

Silence radio depuis un an. Certains d’entre vous l’ont déploré, craignant que cette rubrique soit abandonnée.
C’est la preuve que celle-ci est lue et je vous en remercie.

Néanmoins je ne veux pas endosser le rôle de l’éditorialiste, contraint, qu’il pleuve ou qu’il neige, de pondre sa tribune à chaque numéro avec plus ou moins de bonheur.
Il faut que le sujet en vaille la peine et, puisque nous sommes principalement entre professionnels, qu’il puisse être utile à quelques uns. 

Je vais donc vous parler de la construction de notre nouvelle usine. Pas dans le détail car un roman n’y suffirait pas, mais juste des «grandes batailles » ; façon pour moi de régler certains comptes avec ceux qui, souvent involontairement (c’est là le plus triste), nous ont mis de sérieux bâtons dans les roues.
En effet, ceux qui suivent l’actualité de notre page d’accueil n’auront pas manqué d’être surpris par le dérapage dans le temps de cette réalisation.

Fin 2005 nous étions déjà en pourparler avec la Mairie de Voivres et la Communauté de Communes du Val de Sarthe à propos du terrain qui sera finalement le bon.
Bien que ne bénéficiant d’aucune infrastructure, c’est le plus près du site actuel qui convenait à nos besoins.
Monsieur le Maire du Mans, informé du projet, m’invite à le rencontrer afin de voir dans quelle mesure il serait possible de construire notre nouvelle usine en restant sur la Communauté Urbaine du Mans.
De fait, notre choix ne résultait pas d’une intention délibérée de quitter LE MANS, au contraire, mais nous n’avions pas trouvé de possibilité en ce sens.
Il m’a donc proposé des terrains sur une nouvelle zone superbement située mais dont les sols étaient de très mauvaise qualité. Le surcoût de construction lié à la profondeur des puits de fondation et à l’épaisseur du dallage était bien supérieur à celui de la viabilisation dans la première hypothèse.
Nous déclinons la proposition et poursuivons donc nos discussions sur Voivres, lorsque Monsieur BOULARD, maire du Mans, nous convoque à nouveau pour nous offrir de prendre à la charge de la collectivité ce surcoût de construction, offre conséquente puisque portant sur une surface de 20.000m².
Dans ces conditions, rien ne s’opposait à ce que nous options pour la ZAC du Monné, puisque c’est son nom.
Nous avons donc conçu les plans en fonction de ce terrain, déposé un permis de construire et lancé les appels d’offres.
Vers le mois d’octobre 2006, après dépouillement des offres, je reviens vers la Communauté Urbaine pour les informer du montant des fondations spéciales et savoir de quelle manière celui-ci sera pris en charge.
Quelle n’est pas notre surprise lorsqu’il nous est répondu que, compte tenu du montant important, ce n’était plus possible.
Cette fois c’est moi qui sollicite une rencontre avec le Maire et tous ses collaborateurs  concernés par l’affaire. Devant mon exposé des conséquences graves et réelles de leur revirement, Mr BOULARD charge en ma présence les responsables des différents services intéressés de trouver une solution. Bien que peu rassuré par l’air dubitatif de ces derniers, je reste naïvement persuadé que la parole d’un homme aussi haut placé l’emportera.
Hélas, moins d’une semaine plus tard, je reçois un courrier m’opposant une fin de non recevoir. En fait il n’avait même pas eu les baloches  de me le dire en face.

Voilà de quoi méditer sur l’inconséquence de certains hommes politiques. L’adage selon lequel la parole d’un politicien n’engage que ceux qui l’écoutent s’était vérifié à mes dépens.

Huit mois perdus, un permis de construire caduque, des machines commandées en cours de construction dont les dates de livraison se trouvaient reportées ad nutum ; je dois ici remercier mes fournisseurs qui ont obligeamment  modifié leur planning, stocké les parties construites à leur charge, bref se sont montrés solidaires de SOTRAVER. Ils méritent d’être cités, ce sont les sociétés BYSTRONIC, ARMATEC, SCHOLTZ et COOLTEMPER.

Nous voici donc revenus auprès de la
Communauté de Communes du Val de Sarthe, dont je dois aussi saluer la serviabilité ; compte tenu des circonstances une certaine condescendance de leur part aurait pu être de mise, il n’en a rien été.
Nous nous mettons rapidement d’accord et signons un compromis dès la fin Décembre 2006.

Nous remettons la procédure en route après quelques adaptations rendues nécessaires par le changement de site afin de démarrer les travaux au plus vite.

C’est là qu’en Mars 2007 intervient la deuxième déconvenue. Nous apprenons que la puissance électrique dont nous avons besoin n’est pas disponible et ne pourra être délivrée avant au moins un an.
Je suis incrédule car, dès nos premiers entretiens en 2005, j’avais indiqué nos besoins en terme de puissance électrique, de débit d’eau et de connexion internet.
S’agissant d’aspects techniques, j’en voulais moins aux élus qu’à notre Maître d’œuvre présent qui n’avait pas su anticipé cet écueil. Mais celui-ci ayant fait preuve de son dévouement dans l’affaire précédente en refaisant, entre autres et sans supplément, le dossier de Permis de Construire, il aurait été injuste de lui faire supporter le poids de ma légitime colère.

Commence alors un vrai parcours du combattant. Certes le fait d’acheminer 5000 KVA sur un site non encore desservi n’est pas une mince affaire, il faut en convenir. Mais au-delà des nécessaires délais d’étude technique et de réalisation effective des travaux, EDF a mis en place une procédure administrative d’une complexité à faire pâlir d’envie les créateurs de casse-tête chinois. Elle implique plusieurs divisions avec toutes les navettes de documents nécessaires pour s’occuper des mois. Je ne doute pas que dans l’esprit tortueux du concepteur chaque étape trouve une justification (ISO, quand tu nous tiens !), mais  on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il serait possible d’arriver au même résultat plus simplement.   

Fort heureusement, au sein de cette machine rigide et complexe, nous avons rencontré des hommes et des femmes conscients des réalités de la vie économique et de notre problème en particulier. Grâce à leurs efforts, partout où cela était possible, les délais ont été réduits au strict minimum de sorte qu’au final la puissance électrique requise a été délivrée en Janvier 2008, chose qui paraissait impossible au départ. 

A présent nous n’avons à faire face
qu’aux nombreux aléas de la construction, sans lesquels le Bâtiment ne serait pas le Bâtiment. Mais il faut reconnaître que dans la peau du client c’est beaucoup moins drôle !!

Un conseil aux candidats à la construction d’une usine : même si votre CCTP est deux fois plus gros que l’annuaire de la ville de Paris, prenez quelques jours de congés pour en lire la moindre ligne. Cela vous évitera des heures de discussions et des dizaines de milliers d’euros de suppléments.

A présent si vous êtes sûrs que le maître d’œuvre que vous payer grassement pour cette tâche veillera sans faillir sur vos intérêts, donnez-moi le nom de cette perle rare. Cela pourra me servir une autre fois.

Un jour il faudra aussi que je vous parle aussi du « partenariat » avec les banques pour le financement de ce projet. Le sujet mérite un billet à lui tout seul car, à côté, tout ce qui a été dit ci-dessus n’est que de la rigolade.

Et certains se demandent pourquoi on investit peu en France….

                          Un maître d’ouvrage sous Prozac